Cinéma

Shyamalan et le Mythe des Méta-Humains

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22 janvier 2019

Dix-huit ans après Incassable, l’ultime volet de la reluisante trilogie écrite par Mr Night Shyamalan, aussi appelée The Eastrail #177 Trilogy, débarque enfin dans nos salles sous le titre Glass. La tant attendue rencontre de David Dunn (Bruce Willis), Elijah Price (Samuel L. Jackson) et la Horde (James McAvoy) est enfin arrivée ! Mais sous ses airs de film de super-héros, Glass est davantage un prétexte permettant à son créateur de repousser encore plus loin les limites du conceptuel et de l’humanité.

La croyance au cœur du mythe

À l’heure où les héros DC et Marvel rivalisent avec vigueur sur la plupart des médias, ceux de Shyamalan ont ce petit quelque chose d’original, d’appréciable et d’accessible. Il n’est pas question de justiciers encapés aux collants moulants que l’on admire les étoiles dans les yeux. Non, ce sont des héros à notre porter. Des méta-humains, des êtres exceptionnels vivant parmi nous, des dieux parmi les hommes. Aussi appelés “surhommes”, ces figures uniques tirent leurs origines de la littérature du 17ème siècle avant de prendre un sens bien particulier sous l’idéologie de Nietzsche qui les décrit comme au-dessus de tous, tel des “dieu[x] dont la seule tâche est la transfiguration de l’existence.”

S’il est vrai que le monde héroïque lambda est parsemé de méta-humains, ceux de Shyamalan ont une particularité bien distinctive. Contrairement à un Flash qui hérite son pouvoir après avoir été frappé par la foudre ou d’un Spider-Man qui développe ses super-sens à la suite d’une morsure d’araignée radioactive, les habilités des protagonistes de Glass émanent de leurs croyances. En clair, ce sont des justiciers de l’ordinaire, des êtres faillibles aux pouvoirs limités par leur simple subconscient.

Une vision des choses qui pencherait à nous faire croire que tout est possible. Kevin l’évoque d’ailleurs très clairement dans Split : “Nous sommes ce que nous croyons que nous sommes”. En agissant ainsi, Shyamalan engage le libre-arbitre du téléspectateur en le questionnant sur sa nature propre, ses sensibilités et son humanité : Quelles sont les limites de notre cerveau ? Avons-nous accès à une extension transcendante de l’esprit qui décuplerait nos sens premiers ? Les personnages sur notre écran sont-ils enclins à des désillusions, sont-ils fous à lier ? Ou est-ce que leur croyance en eux-mêmes leur procure des pouvoirs phénoménaux ?

 

Samuel L. Jackson en Mr.Glass

Crédits : Glass

Vers une bestialité insaisissable ?

Dès Incassable, le réalisateur s’attelle à briser les limites de la conscience, mais c’est encore plus flagrant dans Split, lorsqu’il présente la Bête, un homme au corps déformé, à l’agilité accrue et à la force herculéenne. Dans cette trilogie, on peut presque percevoir la norme comme un symptôme que l’on doit guérir, un virus dont on doit se libérer. Ne serait-ce pas là le message caché du réalisateur finalement ? C’est-à-dire remettre en question les conventions admises dans ce monde encore trop fragile et chercher un dépassement perpétuel de soi afin de nous ouvrir les portes de l’incroyable ?

À travers ce prisme, Shyamalan insiste sur le refus de la limite de la condition humaine et de son infirmité. Les formes et les frontières ne sont ni statiques ni absolues. Elles sont malléables à souhait grâce à la pensée et cela a quelques chose d’hors-normes, de “monstrueux”, à l’instar de la dernière personnalité de Kevin.

James McAvoy en Kevin Wendell Crumb

Crédits : Glass

Grâce à ces trois films singuliers,  Shyamalan nous livre une introspection lourde de sens. Il évoque le mythe des méta-humains sous l’angle sensible de l’éveil à soi et de l’enquête introspective. L’inquiétude que suscite le besoin d’identification est parfaitement retranscrite dans chaque opus et pour chacun des protagonistes. Mais jusqu’à quelle point pouvons-nous repousser les limites du “moi” sans devenir dangereux pour les autres ou soi-même ?

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Elodie Cure
FRANCE

Blogueuse et Chroniqueuse spécialisée dans le domaine du cinéma et des séries.

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